Les chiffres bruts : qui trompe vraiment en France ?
Avant la biologie, les faits.
Les données IPSOS sont plus précises sur les personnes actuellement en couple : 21 % des hommes en couple avouent avoir trompé leur conjointe une ou plusieurs fois. Pour les femmes, ce chiffre est de 13 %. Deux autres chiffres qui méritent attention :
- 53 % des Français en couple estiment qu’il est possible d’aimer son partenaire tout en lui étant infidèle.
- 58 % se disent capables de pardonner l’infidélité de leur conjoint à las hommes légèrement plus que les femmes (62 % contre 54 %).
Ce que la biologie dit vraiment
L’argument “c’est génétique” n’est pas une invention. Il s’appuie sur une recherche scientifique réelle, même si elle est souvent mal interprétée.
La vasopressine et l’ocytocine, premières pistes sérieuses
Les travaux du biologiste Larry Young (1999) sur les campagnols ont ouvert une fenêtre fascinante sur la biologie de l’attachement. La différence de comportement entre espèces monogames et polygames n’est pas liée à leur anatomie générale, mais à la distribution des récepteurs à la vasopressine dans le cerveau.
Les campagnols monogames ont plus de ces récepteurs dans le pallidum ventral zone lie au plaisir et à la récompense. Quand des scientifiques ont génétiquement modifiés des campagnols polygames pour leur donner cette distribution, ces mâles sont devenus plus attachés à leurs femelles et ont participé davantage aux soins des petits.
Chez l’humain, des études ont établi une corrélation entre certaines variantes du gène Avpr1A (codant pour le récepteur de la vasopressine) et le comportement conjugal : les hommes porteurs de certaines formes de ce gène tendent à montrer moins d’attachement et former des couples moins stables.
L’étude australo-suédoise et les chiffres de la génétique
Pour les femmes, la proportion est différente : l’infidélité féminine serait héritable à environ 40 % mais sans corrélation établie avec les gènes de la vasopressine, suggérant que d’autres mécanismes biologiques, non encore identifiés, sont en jeu.
📚 “Genetic analysis of human extrapair mating” étude australo-suédoise, ScienceDirect Larry Young & al., 19992004La testostrone
La testostrone, hormone plus présente chez les hommes, influence le désir sexuel et peut favoriser des comportements d’exploration ce que les biologistes évolutionnistes appellent parfois la stratégie de “diffusion génétique maximale”.
Les limites sérieuses de l’argument biologique
Ici, il faut être précis parce que la mauvaise interprétation de ces données fait des dâgéts concrets dans les conversations de couple.
Quand on dit que 63 % de l’infidélité masculine est “imputable à la génétique”, cela ne signifie pas que les hommes porteurs de certains gènes vont tromper. Cela signifie que les différences de comportement entre individus sont en partie expliques par des différences génétiques. C’est une corrélation sur des populations, pas une programmation individuelle.
Résultat particulièrement instructif : ce qu’on pense de la tromperie, si on la considère acceptable ou non, n’est pas influencpar les gènes. Cela relve essentiellement du milieu individuel. On peut avoir une prédisposition génétique vers des comportements moins attachés, et choisir de ne pas la suivre parce qu’on considère la fidélité comme une valeur fondamentale.
L’argument le plus faible mais le plus répandu. “C’est naturel chez l’homme” ne dit rien sur ce qu’on devrait faire. Beaucoup de choses sont “naturelles” sans être moralement acceptables dans un cadre relationnel construit sur un accord explicite de fidélité.
La question n’est pas “est-ce que la biologie rend l’infidélité compréhensible ?” oui, partiellement. C’est “est-ce que ça la justifie ?” non.
L’infidélité féminine : les chiffres qui dérangent le récit
Le débat sur l’infidélité masculine repose souvent sur un présupposé implicite : les femmes, elles, ne trompent pas ou si peu que c’est négligeable. Les données contredisent cette image.
En France, 32 % des femmes admettent avoir tromp(contre 55 % des hommes). L’écart est réel, mais la proportion féminine n’est pas négligeable. Surtout, l’infidélité féminine a progressé de façon continue depuis les années 1970, en parallèle avec la libération des femmes, leur accès au travail et leur indépendance économique.
Ce parallèle n’est pas une coïncidence. L’infidélité n’est pas seulement une question de biologie c’est aussi une question d’opportunité, de liberté et de pouvoir. Dans des sociétés où les femmes avaient moins de liberté de mouvement, moins de revenus propres, leur taux d’infidélité était mécaniquement plus bas. Pas nécessairement parce qu’elles en avaient moins envie.
Les vraies causes de l’infidélité : ce que la biologie ne dit pas
Si la génétique et la biologie expliquent une partie du tableau, elles ne disent presque rien sur ce qui déclenche concrètement une infidélité dans une relation donnée. Les études sur les motifs déclarés montrent plusieurs facteurs récurrents, qui n’ont rien de génétique :
Aucun de ces facteurs n’est réductible à la génétique. Tous sont agissables. C’est lque la biologie cède la place à la responsabilitindividuelle et à la communication dans le couple.
Ce que ça dit sur la relation
53 % des Français en couple considérent qu’il est possible d’aimer son partenaire tout en lui étant infidèle. Ce chiffre est inconfortable, mais il est cohérent avec ce que les thérapeutes de couple observent : l’infidélité ne détruit pas systématiquement l’amour. Elle détruit la confiance ce qui n’est pas la même chose.
La biologie explique une partie de la propension à l’infidélité. Elle ne donne aucune absolution. L’être humain est doté d’un cortex préfrontal capable de raisonner, de choisir et de tenir ses engagements ou de décider honnêtement de ne pas s’y engager.
L’honnétetsur ses propres désirs, communique avant que le problème n’éclate, vaut infiniment mieux que la trahison après quelle que soit la configuration de ses récepteurs à la vasopressine.
La biologie explique. Elle n’absout pas.
Sources :
[1] IFOP pour Gleeden enquête sur l’infidélité des Français, 2019 (N=5 026 femmes) et 2016 (N=2 003 personnes).
[2] Ipsos 37 % des Français en couple ont déjàtou pourraient être infidéles.
[3] Larry Young & al. (19992004) études sur les campagnols et le gène Avpr1A, correlations avec le comportement conjugal.
[4] étude australo-suédoise “Genetic analysis of human extrapair mating”, ScienceDirect.
[5] CNRS Biologie “L’ocytocine : l’hormone de l’amour ou simple mythe ?”
[6] CSF 2023, Inserm/ANRS/Santé Publique France (31 518 participants).
[7] IFOP pour Lelo sexualité des Français, janvier 2024.