40% des femmes actives : les données Genese
L’enquête Genese, menée par l’Inserm sur plus de 27 000 personnes, produit le chiffre le plus solide disponible : 4 femmes sur 10 déclarent avoirtvictimes de violences sexistes ou sexuelles (VSS) au travail au cours de leur vie professionnelle contre 15% des hommes. Ce n’est pas une enquête militante : c’est de l’épidémiologie institutionnelle publiée par l’Inserm.
vs 15% des hommes Enquête Genese, Inserm 2021. 27 000+ personnes.
Un risque professionnel avec des conséquences mesurées
Les VSS au travail ne sont pas des inconforts mineurs. Leurs conséquences sont documentées :
- 23% des victimes déclarent avoir changde travail suite un comportement sexiste
- 20% se sentent tendues quand elles vont au travail
- 15% des femmes renoncent certaines filires notamment scientifiques
- Conséquences santé documentées : anxit, dépression, stress post-traumatique, arrts maladie
L’angle mort du débat sur la sécurité au travail
Les accidents mortels masculins font l’objet de statistiques Eurostat annuelles, de plans de prévention, de réglementation spécifique. Les VSS — qui touchent 4 femmes actives sur 10 — n’apparaissent pas dans ces statistiques. Elles ne génèrent pas d’indicateurs comparables à l’échelle européenne. Un risque professionnel majeur, sans tableau de bord officiel.
Si l’on appliquait le même niveau d’attention médiatique et rglementaire aux risques masculins mortels qu’aux risques féminins structurels, le débat sur la sécuritau travail serait radicalement différent.
Définition légale et types de violences sexuelles et sexistes au travail
Les VSS au travail recouvrent un spectre légalement défini :
- Harcèlement sexuel (art. 222-33 Code pénal) : propos ou comportements à connotation sexuelle répétés qui portent atteinte à la dignité ou créent une situation intimidante, hostile ou offensante
- Agression sexuelle : atteinte sexuelle sans pénétration commise sous contrainte
- Sexisme ordinaire : comportements et propos discriminatoires fondés sur le sexe, sans forcément atteindre le seuil pénal — défini et interdit par la loi Travail 2016
Pourquoi les femmes ne signalent pas : les barrières documentées
Le taux de signalement de 5% — l’un des plus bas parmi tous les crimes et délits — trouve son explication dans des obstacles structurels mesurés :
- Peur de ne pas être crue : 61% des victimes expriment cette crainte dans l’enquête Défenseur des Droits 2022
- Crainte de perdre son emploi : 58% — particulièrement prégnant dans les secteurs précaires (hôtellerie, restauration, saisonniers)
- Normalisation des comportements : après une exposition prolongée, les victimes ont souvent intégré que ces comportements sont « normaux dans ce secteur »
- Coût psychologique de la procédure : porter plainte implique de revivre de façon répétée les faits, avec des chances de condamnation statistiquement faibles
Le silence des victimes n’est pas un signe que les VSS sont rares ou peu graves. C’est le signe que les obstacles au signalement sont plus importants que les incitations. Changer cette équation nécessite des politiques institutionnelles, pas seulement une invitation à « briser le silence ».
Ce que les entreprises peuvent faire
L’ANACT a identifié quatre pratiques efficaces pour prévenir les VSS :
- Désignation d’un référent harcèlement sexuel (obligatoire depuis 2019 pour les entreprises de plus de 250 salariés)
- Formation des managers à l’identification des situations à risque
- Procédure de signalement anonyme et indépendante de la ligne managériale directe
- Sanctions effectives et visibles en cas de faits établis — une réputation de tolérance zéro réduit l’occurrence
Sources :
[1] Inserm / Enquête Genese VSS au travail, données 2021.
[2] DARES Enquête Conditions de Travail 2016 et 2019.
[3] INRS Harcélement sexuel et agissements sexistes, données officielles.
[4] Miprof Rapport annuel 2024.