La réponse courte et pourquoi elle ne suffit pas
Les données disponibles montrent que les attitudes hostiles à l’homosexualité sont statistiquement plus répandues dans la majorité des pays africains que dans les pays d’Europe occidentale. Mais réduire la question à « les Africains sont homophobes » produit une affirmation à la fois trop large, mal calibrée géographiquement, et historiquement inexacte dans ses causes supposées.
Ce que les études mesurent
L’Afrobaromètre est le réseau de recherche en opinion publique le plus solide sur le continent africain. Dans l’enquête de 2022 couvrant plus de 30 pays, environ 78 % des répondants déclarent s’opposer à ce que l’homosexualité soit acceptée dans leur société.
Ces données agrègent des pays très différents. En Afrique du Sud, au Botswana, au Cap-Vert, les attitudes sont significativement moins hostiles. En Ouganda, au Nigeria, au Sénégal, les chiffres sont plus élevés. Parler de « l’Afrique » comme d’un bloc homogène est scientifiquement inexact — le continent compte 54 pays et des milliers de cultures distinctes.
L’origine coloniale des lois
Un fait peu connu : la majorité des lois africaines pénalisant l’homosexualité sont d’origine coloniale britannique. Notamment les Sections 377 du Code pénal colonial de 1860 — calquées sur l’Offences Against the Person Act.
Des historiens et anthropologues comme Marc Epprecht, Joseph Mbaye et Neville Hoad ont documenté des pratiques homoérotiques acceptées ou intégrées dans plusieurs cultures africaines précoloniales.
Kapya Kaoma (chercheur, Political Research Associates) a documenté l’influence significative d’organisations évangéliques conservatrices américaines — Family Watch International, Scott Lively — dans la promotion de lois anti-homosexualité en Afrique de l’Est, notamment en Ouganda. Ce n’est pas une exportation « africaine » — c’est une importation américaine.
La situation en 2025 : une carte contraste
- Afrique du Sud : seul pays africain légalisant le mariage homosexuel (depuis 2006)
- Botswana : dépénalisation en 2019, décision confirmée en appel en 2021
- Angola : dépénalisation en 2021
- Namibie : dépénalisation en 2024 par la Cour suprême
- Ouganda : loi de 2023 prévoyant la peine de mort pour certains actes homosexuels
- Nigeria, Cameroun, Kenya : criminalisés, peines d’emprisonnement