Ce qui est réel : les difficultés documentées des hommes en France
Le suicide. Les hommes représentent environ 75 % des décès par suicide en France. Ce chiffre est stable sur plusieurs décennies. Les hommes meurent plus souvent de suicide que les femmes, même si les femmes font davantage de tentatives. Ce champ est associé à la norme masculine de ne pas exprimer sa souffrance : une injonction culturelle, pas naturelle.
Le décrochage scolaire. Les filles réussissent mieux que les garçons à tous les niveaux du système scolaire français, et les femmes sont majoritaires dans l’enseignement supérieur. Ce n’est pas parce que les filles “ont tout pris” : c’est parce que le système valorise des compétences davantage développées chez les filles selon les données cognitives.
La santé mentale. Les hommes consultent 2 à 3 fois moins souvent que les femmes pour des problèmes psychologiques. Ils vivent moins longtemps. La raison : les normes de masculinité “un homme ne pleure pas”, “un homme ne demande pas d’aide”. Ce sont ces normes qui tuent, littéralement.
La garde des enfants. Après séparation, la garde principale est généralement accordée à la mère. Cette asymétrie a des causes multiples et génère une souffrance réelle chez beaucoup de pères.
La psychologue Pascale Molinier documente que la crise de l’identité masculine provient davantage des transformations du travail que du féminisme. L’homme se définit culturellement par son activité professionnelle et les nouvelles formes du travail (précarisation, management par l’humiliation) attaquent cette identité.
Ce qui est instrumentalisé : le discours masculiniste
Le discours de crise est largement récupéré et instrumentalisé à des fins politiques sur les réseaux sociaux.
L’IFOP a publié en 2019 une grande enquête sur les représentations de la masculinité. Résultat contre-intuitif : les jeunes hommes sont davantage imprégnés d’une vision viriliste que leurs aînés, tout en étant les plus affectés par les injonctions à la virilité. Ceux qui y adhèrent le plus sont aussi ceux qui en souffrent le plus.
En 2026, le Haut Conseil à l’égalité (HCE) publie son premier rapport institutionnel consacrant une section aux masculinismes, définis comme “un système idéologique structuré qui imprègne désormais les jeunes générations par un bombardement massif de contenus numériques.” Le cybersexisme représente 84 % de victimes féminines.
Le discours de “crise de la masculinité” suit une structure identifiée : il sélectionne des difficultés réelles des hommes, en attribue faussement la cause aux femmes ou au féminisme, et propose en solution un renforcement des hiérarchies de genre. Francis Dupuis-Déri note que ce discours est “généralement porté par des hommes de classe moyenne aisée, avec un niveau d’éducation plus élevé que la moyenne” : soit les moins susceptibles d’être victimes du changement social.
La réalité structurelle des inégalités en 2025
Les données statistiques officielles montrent une asymétrie persistante en défaveur des femmes sur le plan économique et professionnel, malgré les discours sur une supposée inversion des privilèges.
| Indicateur (2024-2025) | Hommes | Femmes | Source |
|---|---|---|---|
| Écart de salaire (privé) | Base | - 21,8 % | INSEE |
| Proportion de cadres | 59 % | 41 % | INSEE |
| Pensions de retraite | Base | - 42 % | DREES |
| Travail domestique | Minoritaire | 3 à 4 fois plus | INSEE |
Ces chiffres ne signifient pas que les hommes ne souffrent pas. Ils signifient que les souffrances des hommes ne sont pas causées par l’égalité entre les sexes qui n’est pas encore atteinte. L’évolution des rapports de force modifie également la dynamique de la séduction hétérosexuelle.
Ce dont les hommes ont réellement besoin
Déconstruire les injonctions à la virilité. Les normes “un homme ne pleure pas”, “un homme ne demande pas d’aide” tuent au sens littéral, par le suicide. Ces normes sont culturelles, récentes à l’échelle historique, et modifiables.
Accéder aux soins psychologiques. Les hommes consultent 2 à 3 fois moins souvent. Ce n’est pas parce qu’ils souffrent moins : c’est parce que consulter est associé à une faiblesse incompatible avec la virilité perçue.
Construire des identités masculines positives. La masculinité traditionnelle se définit souvent en creux : être un homme, c’est ne pas être une femme. Ce déficit de définition positive rend les hommes particulièrement vulnérables quand le contexte change.